Christophe Gigaudaut, Conseiller de coopération et d’Action culturelle, Directeur de l’Institut français de Roumanie : L’intimité franco-roumaine

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Ce 14 juillet, près de 3 années se sont écoulées depuis mon arrivée à la direction de l’Institut français de Roumanie. Trois ans riches de rencontres, de découvertes, de déconvenues parfois, mais d’espoir souvent. Trois ans au cours desquels, avec mon équipe, nous avons poursuivi l’œuvre de tant de nos prédécesseurs, consistant à nourrir la relation franco-roumaine dans sa dimension culturelle, intellectuelle au sens académique, linguistique naturellement, sociétal et scientifique. Dans cette action qui me conduit à travailler avec les institutions, les entreprises, les associations et la société civile, je ne me lasse pas de découvrir à quel point la relation franco-roumaine relève non pas simplement de l’amitié, mais de « l’intimité », comme le souligne d’ailleurs Richard Edwards, auteur et chroniqueur bien connu des auditeurs des émissions en français de Radio Roumanie Internationale.

Et si finalement, cette intimité n’était tout simplement que l’objectif de toute entreprise culturelle. Apporter à chacune et chacun de ceux qui foulent les parquets de l’Institut un petit air de France, une image, un film, un roman, le goût des mots français, cette langue que tant de Roumains ont appris à inscrire dans leur mémoire et dans leur être. Tout cela, je le retrouve dans les regards, les propos, les parcours entre la Roumanie et la France. Partager une langue, partager une culture, s’enrichir de la diversité de l’autre, c’est permettre à sa propre langue, sa propre culture de grandir, de s’épanouir. Puis les années passant, nous nous éloignons parfois, mais au fond nous gardons tout cela, comme autant de madeleines de Proust.

Ainsi, la relation franco-roumaine est riche de mille projets, de personnalités de renom, d’événements dans tous les domaines. Pourtant, sa plus grande richesse est sans doute la somme des histoires personnelles de chacune et chacun des acteurs de cette relation.

En 2018, les festivités du Centenaire marqueront l’histoire de l’amitié franco-roumaine. La Saison France-Roumanie, qui débutera le 1er décembre 2018 et se terminera le 14 juillet 2019, sera l’occasion de plusieurs centaines d’événements, partout en France comme en Roumanie. Dans ce cadre, nous avons le souhait de construire une Saison pour tous les publics, mais en portant une attention particulière à la jeunesse. Faire découvrir aux jeunes Français et aux jeunes Roumains la France et la Roumanie d’aujourd’hui et de demain, les aider à porter un regard bienveillant, curieux, avide de découvrir une France et une Roumanie contemporaines, créatives, innovantes. La dimension patrimoniale ne sera pas écartée, bien au contraire, mais traitée avec une approche résolument actuelle.

Cette échéance nous guide et nous oblige. Tant reste à accomplir. Mais je suis convaincu que les obstacles matériels, structurels, organisationnels, seront franchis les uns après les autres. La Saison est un projet de nos deux États, mais qui puise sa force dans cette intimité que j’évoquais. À la direction de l’Institut français de Roumanie, j’ai le souhait d’accompagner cette Saison pour ce qu’elle porte comme message d’optimisme, d’espoir des possibles. Il est important que les jeunes Français et Roumains croient en leur avenir commun au sein de l’Europe. En cela il leur reviendra sans doute de nous montrer la voie, sans préjugés, sans pessimisme, à nous de les y aider.

Ainsi, 2017 sera une année d’intenses préparations. Si le cinéma, le livre et la langue française sont des domaines pour lesquels l’activité de l’Institut français de Roumanie demeure prioritaire, nous avons également mis l’accent cette année sur le théâtre et la danse, par le biais du label Théâtre franco-roumain et du programme FranceDanse Orient-Express. Tous ces projets sont autant de jalons qui renforcent nos échanges.

Pourquoi tout cela ? Contre la méfiance, voire la défiance qui dominent le flux des actualités, notre action n’a pas d’autre ambition que celle de contribuer, sans naïveté ni condescendance, à favoriser le rapprochement entre nos sociétés. Parce qu’à travers ces projets, nous avons le souhait de permettre à chacune et à chacun de découvrir l’insoupçonné, la beauté cachée dans la culture de l’autre. Se dire qu’au retour d’un voyage, d’une séance de cinéma, d’un concert, nous ressortirons épanouis et désireux de partager, avec d’autres encore, cette joie de la découverte de la Roumanie ou de la France.

La Saison n’est pas une fin en soi, elle est un début de mille choses. A l’instar de l’action de coopération que nous menons au quotidien, la Saison devra alors se poursuivre dans l’intimité de ceux qui l’auront vécue. Ainsi, d’ici quelques années, formons le vœu que les jeunes Français et les jeunes Roumains d’aujourd’hui, à l’image de leurs parents ou de leurs grands-parents, se plairont à remonter ce chemin intime qui les aura conduits à aimer le pays de l’autre.