L’espoir dans l’avenir passe par la coopération et le partenariat. Entretien avec Dana GRUIA DUFAUT, Avocate aux Barreaux de Paris et de Bucarest, Fondateur du Cabinet GRUIA DUFAUT

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Vous avez commencé votre activité d’avocat d’affaires en Roumanie il y a 25 ans. En regardant en arrière, comment évaluez-vous l’évolution des relations économiques franco-roumaines et le cadre des investissements en Roumanie?

 

Les entreprises françaises se sont installées de façon durable en Roumanie et leur nombre n’a pas cessé de croître tout au long de ces années. Cette présence a eu, bien sûr, une motivation économique et de stratégie de marché, mais il n’en reste pas moins que les entreprises de l’Hexagone y ont trouvé un milieu d’affaires favorable aux investissements français et qui partageait culturellement les mêmes valeurs. En dépit du parcours sinueux que la Roumanie a connu sur sa route vers l’intégration européenne sur laquelle elle s’est engagée, les relations avec la France n’ont pas cessé de se consolider. Même pendant les années de crise économique j’ai rencontré peu de sociétés françaises qui ont décidé de quitter le pays. La plupart y sont restées et ont aujourd’hui une contribution importante au PIB Roumain. La France est aujourd’hui le cinquième le plus important partenaire commercial de la Roumanie.

En regardant en arrière de la perspective de l’avocat d’affaires dont l’une des missions est de réaliser le cadrage juridique des projets d’investissements, je peux dire qu’on aurait pu faire mieux. Il faut dire que la Roumanie a connu une gestion toute relative dans la période de transition, qui a pu faire échouer certaines privatisations. Instabilité législative, manque de personnel capable de s’adapter aux nouvelles règles du marché libre, corruption, les obstacles ont été nombreux. Puis, après son entrée dans l’Union Européenne en 2007, la perpétuation d’un système administratif un peu obsolet, parfois corrompu, le tout assorti de la crise économique mondiale déclenchée en 2008 ont bloqué pas mal de projets de développement ou d’implantation Greenfield. Le boom économique du pays qui lui a valu le titre du « tigre des Balkans », la reprise spectaculaire de l’économie après la crise, voir même la stabilité macroéconomique n’ont pas suffis pour attirer plus de capital étranger, par rapport aux autres pays de la région : la Pologne, la République Tchèque ou l’Hongrie… Cela parce que, à part les couts avec la main d’œuvre ou la dimension du marché, la sécurité de l’investissement, la transparence, l’accès aux voies de transports sont des éléments aussi importants qui pèsent lourd dans les analyses des investisseurs, lorsqu’ils décident de s’installer dans un pays. Au vu du volume des investissements directs étrangers faits dans la région la Roumanie occupe la quatrième position dans la période 1999-2015. Tout n’est pourtant pas perdu, car ce marché à fort potentiel reste à découvrir.

 

Pourquoi investir aujourd’hui en Roumanie ?

 

Il y a au moins cinq bonnes raisons pour continuer d’investir en Roumanie : un marché animé par un fort appétit pour la consommation, une main d’œuvre relativement jeune qui est encore à des prix compétitifs, un pays accessible pour la France en termes de distances géographiques, mais aussi d’affinités culturelles, une économie des plus dynamiques dans l’UE (+4,8% en 2016) et, enfin, un bassin d’opportunités d’investissements dans tous les domaines : infrastructures, industrie, machinisme, agroalimentaire, santé, services, énergie, constructions, tourisme, etc.

Il n’est pas non plus sans intérêt de souligner que dans le nouveau contexte de sécurité mondiale, la Roumanie offre une stabilité politique et un engagement relativement ferme par rapport aux valeurs européennes. En plus, elle affiche une ambition de créer des conditions favorables aux investissements étrangers, en dépit de certaines hésitations de la classe politique qui reste prisonnière du jeu politique qui l’empêche de projeter une stratégie économique cohérente sur le long terme du pays. La preuve avec ce qu’on vit justement actuellement où le parti au pouvoir en plus d’avoir fait tomber son propre gouvernement, fait marche arrière même en ce qui concerne le programme de gouvernement et les politiques fiscales annoncées. Il est vrai que tous ceux déjà présents en Roumanie peuvent confirmer des marges de profit encore confortables, mais on a besoin de stabilité législative et de prédictibilité fiscale pour pouvoir avancer à long terme.

 

Quel est le profil idéal de l’investisseur Francais?

 

Il faut éviter les typologies. Tout investisseur avec une stratégie sur le long terme bien mise au point a sa place en Roumanie, peu importe sa taille. Le potentiel de développement pour les PME est encore loin d’être épuisé. Toute PME en bonne santé financière chez elle a tout intérêt de se développer à l’international, en Roumanie, pour acquérir une taille suffisante et pour s’assurer des résultats pour l’avenir. Dans un pays comme la Roumanie, qui occupe la 1ère place en Europe pour la vitesse de l’Internet, profiter des avancées technologiques dans tous les domaines est la meilleure opportunité.

 

Comment « bien investir » en Roumanie?

 

Il faut d’abord renoncer aux partis-pris. La Roumanie n’a pas toujours bénéficié d’une bonne image à l’étranger. Le pays dispose d’un cadre juridique européen perfectible et d’une fiscalité qui reste encore avantageuse. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’un accompagnement professionnel est obligatoire et qu’il nécessite dans un premier temps d’identifier les contraintes juridiques locales, notamment en matière de protection de l’investissement. Le but est de bien appréhender les particularités juridiques et fiscales locales pour protéger l’investissement dans la durée.

 

Vous pariez donc sur la Roumanie comme destination des investissements français… ?

 

Je garde mon optimisme. La Roumanie ne laisse personne indifférent et elle est engagée sur une route européenne de développement sans retour. Les relations entre la France et la Roumanie connaissent un niveau qui ne peut que donner l’espoir et de nouveaux domaines de pointe viennent d’être identifiés ou relancés. Je croix que la voie la plus sûre qui offre l’espoir d’un développement des investissements français dans l’avenir passe par la coopération et le partenariat.

 

Que signifie pour vous le 14 juillet, quand on fête le Jour national de la France?

 

Le 14 juillet est le jour où tous les Français et les francophones renouent leur engagement en faveur des symboles de la France qui sont « liberté – égalité – fraternité ». C’est aussi un moment de grande émotion pour moi, car c’est la Fête Nationale d’un pays qui est devenu le mien et qui m’a offert le meilleur cadre pour mon devenir professionnel.