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September 17, 2019
ARTS & LEISURE SUPPLEMENTS

M. Christophe Gigaudaut, Directeur de l’Institut Français (IFR) de Roumanie : La Roumanie est toujours un grand pays francophone, avec près d’un million d’apprenants

Les relations culturelles entre la France et la Roumanie sont bien implantées dans notre histoire. Comment caractérisez-vous  maintenant les rapports culturels, scientifiques, universitaires  entre nos deux peuples ?

 

En effet, les relations culturelles, scientifiques et universitaires sont extrêmement riches, ancrées dans l’histoire. Je parcourais, il y a quelques semaines à la Librairie française Kyralina, le « Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France », rédigé sous la direction de Pascal Ory, dans lequel les personnalités roumaines sont nombreuses, à l’instar d’Eugène Ionesco, Constantin Brâncuși, Victor Brauner, Tristan Tzara ou Cantacuzène. Jean Cantacuzène, d’ailleurs, qui avec d’autres éminents scientifiques comme Emil Racovita, ont été, au début des années 20, les pionniers ce qui est devenu depuis l’Institut français de Roumanie.

Aussi, je dirai que ce qui caractérise les rapports entre nos deux peuples est certainement cette mosaïque de parcours singuliers, de vies personnelles, familiales, qui renforcent nos relations institutionnelles.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes Roumains vont en France poursuivre des études supérieures. Des étudiants français viennent aussi en Roumanie, même s’il faudrait qu’ils soient en plus grand nombre. Un séjour à l’étranger est un atout indéniable dans le parcours des étudiants. Ces échanges nourrissent une francophonie indissociable de l’histoire de la Roumanie moderne. Certes l’anglais progresse partout dans le pays, et c’est un développement souhaitable, mais qui ne doit pas être exclusif des autres langues. Les investisseurs étrangers, y-compris de grandes groupes internationaux, ont besoin de cette Roumanie plurilingue, et notamment francophone.

 

Quelles sont les objectifs dominants de l’IFR, qui a été créé au 1er janvier 2012 ? Etes-vous content de l’activité de l’Institut français de Bucarest et, aussi, de Cluj-Napoca, Iasi et Timisoara ? Avez-vous des projets pour d’autres villes de Roumanie ?

 

Le réseau culturel français en Roumanie est constitué des 4 Instituts, dans les villes que vous citées, Bucarest, Cluj-Napoca, Iasi et Timisoara, mais il ne faut pas oublier les Alliances françaises à Brasov, Constanta, Pitesti et Ploiești. J’ai été moi-même directeur de deux Alliances françaises au Japon et, bien que de statut associatif de droit local, les Alliances françaises participent pleinement de coopération linguistique et culturelle. Ensuite, nous avons un réseau de lecteurs, au sein de 9 universités dans des villes où nous avons un Institut ou une Alliance, mais aussi ailleurs en Roumanie, à Craiova ou encore Sibiu. Je pense enfin à des initiatives nées de coopérations décentralisées, comme la Maison d’Îles-et-Vilaine à Sibiu, ou encore à des centres culturels francophones qui ne relèvent pas du réseau stricto sensu, mais qui sont autant de partenaires privilégiés. Je pense, par exemple au centre culturel francophone de Buzau, ou au réseau extraordinaire des lycées bilingues. Vous voyez, la présence française ou francophone en Roumanie est répartie dans tout le pays, il n’y a donc pas de projet d’une nouvelle structure.

Pour ce qui relève de l’activité de notre réseau, je dirais qu’il est extrêmement riche et diversifié. Notre public de plus en plus nombreux est le meilleur indicateur en termes de satisfaction et de qualité.

Nous avons connu, il est vrai, une baisse significative du nombre des apprenants de français, et ce dans tout le réseau. Cette baisse a été la conséquence de plusieurs éléments conjoncturels liés à la crise en Europe et au changement des conditions d’immigrations au Québec. Désormais cette tendance tend à s’inverser, notamment concernant les jeunes publics. En tout état de cause, la question de la langue française est fondamentale, et nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère roumaine de l’Éducation sur ce sujet.

Les objectifs de l’Institut français de Roumanie sont nombreux, mais je peux, à grands traits, présenter les axes de travail et les dynamiques sous-jacentes.

D’abord, il me parait important d’aborder l’action du réseau culturel, universitaire et scientifique, dans le contexte global de la relation franco-roumaine. Elle est un aspect de l’Action de la France en Roumanie, sous l’autorité de l’Ambassadeur de France. En cela, et c’est sans doute un premier objectif très opérationnel, chacune de nos actions, chacun de nos événements, doit permettre de nourrir l’action d’un autre secteur, voire d’un autre service. La dimension économique, aujourd’hui, est un élément important dans la définition et la mise en œuvre de nos actions. Je ne parle pas d’autofinancement ou de sponsoring, mais bien de partenariats.

Ensuite s’il fallait retenir un objectif ce serait le maintien de la francophonie au service de la Roumanie et pas uniquement des relations bilatérales.

 

Pensez-vous que la Roumanie est un acteur important dans le mouvement de la Francophonie en Europe? Quelles sont, a votre avis, les principales caractéristiques de la Roumanie pour que notre pays puisse s’inscrire parmi les centres de la Francophonie dans le monde ?

 

Depuis mon arrivée en Roumanie, les nombreuses rencontres que j’ai pu faire, m’ont permis de découvrir cet autre visage de la Roumanie. Le français n’est pas une langue étrangère, mais une des langues de nombreuses familles roumaines, une langue dans laquelle certains ont grandi, une langue en tout cas qui n’était pas simplement enseignée à l’école au cours du dernier siècle. Aujourd’hui, force est de constater que la Roumanie est toujours un grand pays francophone, avec près d’un million d’apprenant, mais il faut dire aussi que l’apprentissage de cette langue connait un recul singulier. Le multilinguisme en Roumanie est une richesse qu’il faut préserver. La diversité linguistique est une chance, et sans minimiser l’importance de l’apprentissage de l’anglais pour les enfants roumains, il ne faut pas comme on dit en français « mettre tous les œufs dans le même panier », autrement dit, tout miser sur l’anglais comme seule langue étrangère serait une erreur.

À l’échelle européenne, la Roumanie, par sa latinité, doit jouer un rôle moteur dans la francophonie. Ce n’est pas par hasard que les deux principales organisations de la francophonie, l’OIF et l’AUF, ont installé leurs sièges régionaux à Bucarest.

 

La France et la Roumanie ont enregistré non seulement une dynamique puissante de relations économiques. Le partenariat stratégique entre nos deux pays a un atout supplémentaire apporté par les scientifiques français et roumains. Quels secteurs de la  coopération scientifique sont les plus puissants? Quels sont les résultats de cette collaboration?

 

La coopération scientifique est en effet importante, et la contribution des chercheurs roumains à la recherche dans les institutions en France est le fruit de cette coopération historique. Je citais plus haut Cantacuzène, dont l’Institut aujourd’hui fait partie du réseau Pasteur.

Je ne parlerai pas, en revanche, de secteurs puissants, mais plutôt de priorités. La santé, l’environnement, le laser, sont des secteurs prioritaires. Mais si l’on parle de réalisation, je dirai que nous avons depuis 2012 le Centre Régional Francophone de Recherches Avancées en Sciences Sociales (Cerefrea – Villa Noël), qui est le fruit d’une très belle coopération et dont l’objectif est de rayonner au-delà de Bucarest et de la Roumanie, un peu à l’image de la Villa Medicis à Rome ou la Villa Kujoyama à Kyoto.

 

Est-ce que vous appréciez l’environnement culturel, universitaire et éducatif de la Roumanie ? Pourriez-vous présenter à nos lecteurs quelques arguments en ce sens.

 

La Roumanie est un pays extrêmement riche culturellement. Les questions du patrimoine, des folklores, des traditions, sont omniprésentes. Il convient d’en apprécier la diversité, de la préserver. Mais il faut aussi que la création contemporaine soit au cœur des politiques culturelles. J’observe avec beaucoup d’intérêt l’apparition des nouveaux festivals. Je trouve que l’événement Cluj Capital européenne de la jeunesse est un moment à ne pas rater. La Mairie de Cluj en a confié l’organisation à une équipe très jeune, mais c’est, à mon sens, une excellente initiative qui doit être soutenu afin que ces membres puissent se former à travers cette opération. Nous avons d’ailleurs signé à accord pour inscrire la langue française comme langue officielle de cet événement.

Pour le monde universitaire, il me semble impératif que l’internationalisation des filières, dans une approche multilingue, se poursuive. Toutefois, leur développement doit se faire sur la base d’accord avec des universités partenaires et dans un esprit d’échange. On voit en effet des filières proposer des formations de très haut niveau aux étudiants roumains, lesquels partent souvent au niveau Master à l’étranger. On peut comprendre ce goût pour la mobilité, mais il ne faut pas que les filières internationales des universités roumaines soient, in fine, des filières de premier cycle. Je crois aussi qu’il faut renforcer les liens entre universités et écoles secondaires. Mais aussi entre les universités et le monde du travail. C’est ce sur quoi nous allons travailler en 2015 à l’Institut français de Bucarest, en partenariat étroit avec la faculté de Sciences Politiques et le Collège juridique franco-roumain de la faculté de droit, toutes deux de l’Université de Bucarest.

Le secteur éducatif est un secteur tout aussi important. Le développement du lycée français Anna de Noailles montre l’importance accordée par les familles roumaines à l’éducation de leurs enfants, y-compris au sein d’établissement internationaux. Il y a toutefois encore beaucoup à faire dans ce domaine. Je pense au développement des maternelles ou crèches, des écoles de formations professionnelles dans un pays où les entreprises ont tant besoin de collaborateurs. Nous avons sur toutes ces questions des relations étroites et très intéressantes avec les autorités roumaines, au premier rang desquelles le Ministère de l’éducation et de la recherche scientifique.

 

En 2015, l’IFR va enrichir son programme par rapport au 2014 ?

 

En 2015 il y aura encore beaucoup d’événements à travers tout le réseau français en Roumanie. Des événements guidés par l’actualité, je pense à Cluj Capitale européenne de la jeunesse, mais également à la Conférence Paris-Climat, ou COP21, qui se déroulera en France à l’automne et pour laquelle l’Institut s’associe aux autres services de l’Ambassade pour proposer une programmation d’événements en Roumanie sur différentes questions liées au climat.

Mais l’IFR est aussi, comme chaque année, partenaires de nombreux, très nombreux festivals, à l’instar du festival George Enescu, du festival du film européen… il est impossible de tout citer.

Nous aurons bien sûr des événements spécifiques, notamment pour la promotion de la langue française, je pense notamment à des pique-niques poétiques que nous allons proposer dans le cadre de la semaine de la francophonie et qui ont pour objectif de mettre en valeur la langue française à travers tout le pays.

Je voudrais aussi rappeler les événements mis en place par les différents instituts et Alliances françaises, tout au long de l’année. Préciser aussi l’accent que nous allons porter au développement de nos médiathèques, afin de moderniser les espaces jeunesse, d’y diversifier notre offre de livres et magasines, mais aussi de supports audio et vidéo, sans oublier l’ouverture de ludothèques.

Enfin, mais il est impossible de tout citer, il ne faut pas oublier la salle de cinéma Elvire Popesco, à Bucarest, qui rencontre un succès incroyable auprès du public roumain, à travers une programmation riche et de grande qualité de films européens.

L’année 2015 sera donc une année pleine de surprises et je suis sûr qu’elle sera au moins aussi riche que 2014.

 

 

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